Hypnose de spectacle, cadres encadrés, accompagnement : trois mondes qu’on confond

Quand je dis que je suis hypnotiste, j’obtiens presque toujours la même réaction : un sourire, puis « ah, comme à la télé ? ». Et souvent, juste après, une question plus inquiète : « on perd le contrôle, non ? » Ces deux réactions viennent du même endroit : un mot unique, « hypnose », qui recouvre en réalité des mondes très différents. J’aimerais les démêler ici, calmement, sources à l’appui.

Trois mondes derrière un seul mot

Le mot « hypnose » désigne aujourd’hui au moins trois pratiques qui n’ont ni le même but, ni le même cadre, ni les mêmes règles. Les confondre revient à mettre dans le même sac un concours télévisé de pâtisserie, la cuisine d’un restaurant et un atelier du samedi matin : on y trouve des casseroles dans les trois cas, mais on n’y va pas pour les mêmes raisons.

1. L’hypnose de spectacle

C’est celle que tout le monde a en tête : la scène, les volontaires qui aboient, le public qui rit. Son but est explicite et parfaitement légitime — divertir. Mais le spectacle repose sur des ingrédients qu’on ne voit pas depuis son siège.

D’abord, une sélection. L’artiste ne prend pas le premier venu : il fait passer de petits tests de réceptivité à la salle et ne garde que les personnes les plus réactives. Ensuite, un contexte social très puissant : on est monté sur scène de son plein gré, devant une salle qui attend un spectacle, aux côtés d’autres volontaires qui jouent le jeu. Le psychologue britannique Graham Wagstaff a consacré tout un ouvrage à ce facteur (Hypnosis, Compliance and Belief, 1981) : une part importante de ce qu’on observe s’explique par la conformité à la situation — l’envie de bien faire, de ne pas casser l’ambiance — sans qu’il faille invoquer un pouvoir mystérieux. Nicholas Spanos a développé une lecture voisine : les conduites dites hypnotiques s’apprennent et se jouent dans un contexte social, elles ne tombent pas du ciel (Multiple Identities and False Memories, 1996).

Ce qu’il faut en retenir n’est pas que « tout est faux » — les personnes sur scène ne simulent pas forcément. C’est plutôt que le spectacle ne démontre aucun pouvoir de l’hypnotiseur sur les volontaires. Ce qu’on voit, c’est une rencontre entre des personnes très réceptives, une mise en scène rodée et un public complice.

2. Les cadres réservés aux professionnels licenciés

L’hypnose est aussi étudiée et employée dans des cadres encadrés par des professionnels de santé licenciés. C’est un domaine sérieux, avec sa littérature, ses protocoles et ses règles — et il leur est réservé.

Je le mentionne pour une seule raison : parce que c’est l’autre moitié du malentendu. Beaucoup de gens pensent que, si ce n’est pas le spectacle, alors c’est forcément ça. Or ce n’est pas ce que je propose, et je tiens à le dire clairement plutôt que de laisser planer l’ambiguïté. Pour toute question relevant de ce domaine, votre interlocuteur est un professionnel licencié — pas moi.

3. L’accompagnement de mieux-être — ce que je propose

C’est le troisième monde, et le mien. Une consultation d’hypnose non thérapeutique, orientée vers la détente, la confiance, la concentration, la motivation et le changement d’habitudes. Vous êtes assis dans un fauteuil, vous entendez tout, vous vous souvenez de tout, et vous restez pleinement en contrôle — vous pouvez ouvrir les yeux et mettre fin à la séance quand vous le souhaitez.

Ce troisième monde ne s’oppose pas au deuxième : il est à côté. Et il n’a rien à voir avec le premier : personne ne vous fera imiter une poule.

D’où vient le mot — et pourquoi il nous égare

Une bonne partie du malentendu tient au vocabulaire lui-même. En 1843, le chirurgien écossais James Braid publie Neurypnology; or, The Rationale of Nervous Sleep, le premier livre du genre. C’est lui qui popularise le terme « hypnotisme », forgé sur Hypnos, le dieu grec du sommeil. Il rompait ainsi avec le « magnétisme animal » de Mesmer et son fluide invisible.

Le détail savoureux, c’est que Braid a rapidement regretté son propre mot. Ses observations lui montraient que le phénomène n’avait pas grand-chose à voir avec le sommeil ; il proposa vers 1847 de le rebaptiser « monoidéisme » — la fixation sur une seule idée. Trop tard : « hypnose » avait déjà fait le tour de l’Europe. Nous héritons donc d’un mot qui évoque le sommeil pour décrire un état d’attention concentrée. Pas étonnant qu’on imagine des dormeurs télécommandés.

Ce qu’on sait — et ce qui reste discuté

Par honnêteté, je préfère le dire : même la définition de l’hypnose fait l’objet de débats. En 2014, la Division 30 de l’American Psychological Association en a publié une version révisée (Elkins, Barabasz, Council & Spiegel), pensée comme volontairement brève et neutre quant aux mécanismes. Elle décrit pour l’essentiel un état d’attention focalisée avec une capacité accrue à répondre à des suggestions. Et cette définition a été critiquée dès l’année suivante par d’autres chercheurs, qui la trouvaient trop restrictive.

Je ne suis pas chercheuse, et je ne vais pas trancher un débat qui occupe des spécialistes depuis des décennies. Ce que je peux faire, c’est vous dire honnêtement où en est la discussion, et distinguer nettement ce que la recherche explore de ce que je propose, moi, dans mon cabinet.

En résumé

  • La scène divertit : sélection des volontaires, contexte social, mise en scène. Aucun pouvoir démontré.
  • Les cadres encadrés existent et sont réservés aux professionnels licenciés. Ce n’est pas mon domaine.
  • L’accompagnement de mieux-être — le mien — vise la détente, la confiance et le changement d’habitudes, dans un cadre non thérapeutique où vous restez en contrôle.

Si vous hésitez encore parce que l’image du spectacle vous colle à l’esprit, c’est normal : elle a un siècle et demi d’avance sur nous. La meilleure façon de la défaire, c’est encore d’en parler ensemble.

Sources citées

  • James Braid, Neurypnology; or, The Rationale of Nervous Sleep, Londres, 1843.
  • Graham F. Wagstaff, Hypnosis, Compliance and Belief, 1981.
  • Nicholas P. Spanos, Multiple Identities and False Memories: A Sociocognitive Perspective, 1996.
  • Theodore X. Barber, Hypnosis: A Scientific Approach, 1969.
  • G. R. Elkins, A. F. Barabasz, J. R. Council & D. Spiegel, « Advancing Research and Practice: The Revised APA Division 30 Definition of Hypnosis », International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, vol. 63, n° 1, 2015 (publié en ligne en 2014).
  • C. Christensen & N. Gwozdziewycz, « Revision of the APA Division 30 Definition of Hypnosis », American Journal of Clinical Hypnosis, vol. 57, n° 4, 2015 — pour la critique de cette définition.

Cet article est un contenu d’information et d’exploration personnelle. Les consultations et séances que je propose sont des services de mieux-être non thérapeutiques et non médicaux. Elles ne remplacent en aucun cas l’avis, le diagnostic ou le traitement d’un professionnel de santé licencié, et aucun résultat n’est garanti.

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